ETHNO-MEDECINE

Chercheur impénitent sur la santé, je rapporte deux expériences, l’une sur les Hounza peuple perché dans l’Himmalaya et les Inuit les plus près du pôle. Dans les deux cas ils ont été longtemps isolés du reste de l’humanité.

a)  LES HOUNZA

 Le peuple qui ignore la maladie.

                                                *

 J’ai découvert un livre écrit dans les années 30 sur le peuple Hounza.Il est situé dans une haute vallée de l’Himalaya au Pakistan. Là, vivait un peuple qui ne fréquentait pas les dispensaires installés dans ce qui était à l’époque l’empire britannique.

 Quelques villages juchés autour de 3000 m où ils reçoivent l’eau des glaciers toute l’année. Ils y cultivent la terre et ils y élèvent des chèvres des vaches et des moutons. L’hiver est rude, froid, sec et il y a des disettes surtout à la jonction de l’hiver et du printemps. Justement je commence par ça : ils mangent peu et l’hiver ils pratiquent un jeûne forcé. Leur nourriture principale c’est l’orge, le blé et les abricots qu’ils sèchent sur les toits en été ; il se dit que les jeunes femmes refusent d’aller vivre, entendez épouser un homme qui habite un village où il n’y a pas de ce fruit essentiel qui apporte l’huile du noyau dont elles s’enduisent la peau, car partout les femmes sont coquettes. Ils se nourrissent du beurre des chèvres et de leurs vaches qui sont si petites qu’elles ont été comparées aux chiens Saint-Bernard par leurs tailles. Les vaches donnent moins de 2 litres de lait par jour. Ils mangent aussi de la viande en très petite quantité et surtout quand il y a une bête qui s’est accidentée dans les montagnes escarpées. Les hommes marchent beaucoup dans ces montagnes et ce, jusqu’à un âge très avancé ; courir après les bêtes, grimper, cultiver les terrasses, entretenir les canaux d’irrigation avec l’eau des glaciers, tout ce qui pourrait paraître harassant fait la joie de ce peuple infatigable jusqu’à la cinquième génération ; car il n’y a pas de retraite.

La relation entre les aïeux et les petits-enfants est très importante et une partie de l’éducation que donnent les anciens, parfois centenaires lors des veillées est de nommer par leurs prénoms, leurs propres ancêtres, ceux que les plus vieux ont connus jusqu’à la cinquième génération ce qui fait neuf générations si je ne me trompe pas. Tous ces noms d’êtres aimés, magnifiés sont autant de racines pour les petits qui poussent….

Ces petits, les femmes en ont  seulement un tous les quatre ans après un garçon et trois ans après une fille parce que cela fatigue moins les mères et que les filles sont plus faciles à élever ; ils ont aussi constaté que des enfants trop rapprochés font des fratries jalouses alors que le petit garçon de quatre ans réclame naturellement le petit frère ou la petite sœur suivant.

Chacun a sa place dans la société Hounza, l’enfant de six ans va s’occuper du petit de deux ans et le porter sur son dos et en avoir la responsabilité. On est bien loin de la culture individualiste et égalitariste rencontrée en Occident.

Le nourrisson ne marche pas avant deux ans et il n’y sera pas encouragé car ses os ne sont pas terminés et cela favorise les déformations des genoux, du dos etc.

Les mères allaitent jusqu’à deux ans.

Au fait, comment font-ils ? comment font-elles pour n’avoir un enfant que tous les trois ou quatre ans ?

Toute la communauté vit en tribus dans une immense maison, la nuit il y a le lieu pour les hommes, le lieu pour les femmes, les mères et les nourrissons et le lieu pour les couples qui n’ont comme intimité que le noir de la nuit. Quand une femme est enceinte le couple se sépare et rejoint les hommes et les femmes respectivement et cela durera jusqu’à la fin de l’allaitement. Comme vous avez compris, la vie sociale ne repose pas sur le couple !

Comment se font les couples ?

Les mariages n’ont pas lieu à l’intérieur du même village, ils connaissent les dangers de la consanguinité. Alors voilà, à la belle saison, dans une maisonnette isolée, deux adolescents de 15 à 16 ans, choisis par les familles, vont être invités et amenés à cohabiter pendant deux ou trois jours. Si cela se passe bien ils seront mari et femme. Autrement la fille retournera chez elle. Rien n’est forcé tout est seulement proposé.

Quant aux mariages proprement dits, ils auront lieu  dans le village, tous le même jour, cela permet de faire de très grandes fêtes et aussi d’économiser les denrées  alimentaires qui sont rares.

Des fêtes rythment toutes les saisons, les semailles, les récoltes et les mariages donc. Elles se traduisent par des danses et par des chants, en évitant toutefois les danses entre couples qui auraient pu déclencher des jalousies.

Par contre ils n’ont pas vraiment de production artistique ; j’ai envie de dire que leur vie est un art ; pas plus que de croyances religieuses car ils ne semblent pas avoir perdu les liens sacrés qui les relient aux éléments, aux saisons et aux lois de la nature.

Les photos que j’en ai vues montrent un peuple joyeux, plein de respect pour tous les âges et en particulier pour les femmes qui ne travaillent pas pendant les règles. A ce propos, elles sont étonnées que les femmes européennes qui leur rendent visite ne s’allongent pas parfois au cours de la journée surtout pendant leur cycle !

 Tout cela fait des centenaires agiles et joyeux.

En 1988 j’avais projeté de leur rendre visite lors d’un de mes voyages dans le nord de l’Inde. Malheureusement c’était une période où le conflit entre le Pakistan et l’Inde avait fermé les frontières.

 Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. De plus je ne trouve plus sur le marché BIO  les abricots Hounza séchés, petits et avec le noyau !

                                               *

Leur mode de vie a largement influencé  mes recherches sur la santé et la bonne humeur. Il m’est arrivé de conseillé à des mamans d’espacer les naissances. Mais ce n’est pas toujours réalisable.

 Une  maman de quarante ans  m’a répondu que la fertilité diminuait, ce qui est vrai. Elle voulait donc un deuxième enfant qui vint quinze mois plus tard. Il se trouve que l’aîné se mit à vomir dès la naissance du bébé. Les parents devaient le surveiller car à deux ou trois ans il disait qu’il voulait tuer sa petite sœur.

Une autre maman à trente ans voulu ses enfants rapprochés pour ne pas avoir à se  « remettre dans les couches » et pouvoir reprendre au plus vite sa vie professionnelle. Quinze mois entre les deux sœurs. En fait de baby blues, elle fit une dépression sévère qui nécessitât une hospitalisation.

Voilà deux exemples qui ne sauraient faire loi mais qui ont attiré mon attention et confirmé la valeur de la tradition Hounza car j’en  avais informé les deux patientes.

Ils refusent de manger les aliments qui ne viennent pas de chez eux. Ils n’utilisent aucun engrais chimique, seul l’eau des glaciers très minéralisée par toutes les roches qu’elle traverse fertilise la terre. Ni pesticides, ni herbicides, ni conservateur. Très peu de sel. Aucun produit industriel .

Les enfants grimpent dans les abricotiers pour enlever à la main toutes les petites branches qui pourraient être attaquées par un parasite.

 Comme vous l’avez compris il n’y a pas de surcharge pondérale et au contraire ils sont très minces.

 La seule pathologie décrite est l’irritation des yeux  à cause du feu dans l’âtre pendant les six semaines d’hiver très rigoureux où ils dorment à l’intérieur. Le reste de l’année ils dorment à la belle étoile et étendent leur literie à l’air.

 Ce qui est remarquable, c’est qu’ils ne connaissent pas la fatigue.

 Ils font des sports de qualité : des simulations de combat sans jamais se blesser, des danses de style, une courtoisie extrême, une capacité d’effort qui fait que  les Européens ne peuvent pas les suivre quand ils marchent en montagne ; et tout ça avec un enjouement du caractère, beaucoup de patience, ils ont une démarche qui semble avoir quelque chose d’ailé.

 En conclusion ce sont des artistes de la vie simple et intégrale.

 Quand ils  voient un européen ils ont : « de la commisération au sujet de ses chaussures inutiles »

Je reprends la lecture pour la 7 ou 8 ième fois…

 Les repas se prennent en position accroupie.( Ce qui évite la stagnation veineuse)

 Les hommes d’âge racontent leur jeunesse avec de nombreuses anecdotes, les légendes des héros, des rois et des brigands.

 L’auteur du livre insiste sur l’excellent comportement des jeunes et des vieux ; à ce sujet je regarde avec tristesse notre civilisation occidentale qui pratique la ségrégation des âges.

 L’auteur du livre insiste sur leur propreté.

 Ils sont illettrés ; il y a 99 % d’analphabètes et quand ils rencontrent les Européens ils sont choqués de savoir que nos enfants vont à l’école de cinq ans à l’adolescence. « Est-ce possible ? mais c’est justement l’âge où ils doivent apprendre les choses ! ». Il me vient une réflexion : quand l’éducation est devenue obligatoire à la fin du XIXe siècle le monde rural français a insisté pour que les enfants puissent participer à la vie des fermes, qu’ils puissent apprendre le travail traditionnel, aider leurs parents, et avoir des congés surtout l’été. En Suisse il y a un congé spécial d’une journée en octobre : « c’est le jour des patates ».

                                               *

 Ils fabriquent des flûtes avec du bois de saule

                                                         *

Je l’ai déjà dit, aucun art plastique, aucune poésie, aucune mystique, aucun paradis ou siècle d’or.

Chez ce peuple on ne rencontre ni geste nerveux ni regard angoissé.

Cela pourrait se résumer par : sain d’esprit, d’âme et de corps.

                                                       *

Voilà une de leur chanson :

« Que soit béni l’année  qui va venir Yahia,,

Puissent nos maisons être vides de maladies Yahia…. »

                                               *

 À l’intérieur des maisons c’est de la terre battue dans la pièce principale . A ce sujet je me souviens que dans la maison de ma grand mère une partie du sol avait été cimentée ou pavée dans les années 30, et quand les enfants s’avisaient de marcher nu-pied, c’était pour s’entendre sermonner :  « tu vas attraper la mort ! »

 Que penser de cela ? Le ciment et les pavés ça fait plus propre , les chaussures ça fait plus riche. Ne peut-on pas arrêter le confort moderne et le progrès !

  Je reviens au début de la vie : avec les bébés. Avant que le bébé ait percé sa première dent, aucun être du sexe masculin n’est autorisé à le toucher. Voilà de quoi choquer les partisans de l’unisexe de notre époque actuelle. A cette date importante l’enfant va passer dans les bras de l’arrière-grand-père du grand-père du père des frères etc. Pourquoi, comment en sont-ils venus à cela ? J’y vois une valeur symbolique, et je donne une interprétation : l’élément liquide, le lait,  c’est la  féminité ; à l’opposé, la dent prépare le nourrisson à entrer en contact avec le concret, le dur et la masculinité.

Voilà encore de quoi  choquer. Pendant la nuit de noces la mère du jeune homme assiste le jeune couple afin  qu’il en retire le plus de joie. Quand on sait la misère sexuelle de la plupart des couples en Occident voilà un bon et sérieux sujet de méditation.

 En vrac : ils chassent les oiseaux avec des frondes à certaines époques pour se nourrir et ils sont particulièrement adroits.

 Ils mangent des germes de blé en salade ;

Les céréales sont conservées en grains et une fois moulues se consomment rapidement.

Les huiles sont extraites de la graine de lin et de la graine de moutarde.

En résumé ils mangent surtout des fruits et des céréales et assez peu de, légumes.

Durant les vendanges ils mangent la plus grande quantité de raisin possible. Cela rappelle les cures de raisin qui se pratiquaient dans les vignes au XVIII ième dans les pays germaniques et que je fais chaque année.

 L’eau-de-vie est interdite car elle crée des disputes .

 Et surtout pas de sucres de fabrique, autrement nommé sucres raffiné sucre blanc sucre roux coloré avec du caramel ; pas de farine blanche, hyper blutée, pas de conserves.

 Leur alimentation est faite de substances vivantes.

 

Le lait de chèvre est bu à la mamelle par les enfants, donc pas besoin de le bouillir et pas de risque d’infection.

Lorsqu’un enfant a de la fièvre on l’enveloppe dans une chaude couverture et on l’étend à l’ombre .

                                               *

 Ce peuple est doté d’une éternelle jeunesse .

Le mot  HOUNZA signifie : « source de vie ».

                 b)  INUIT

  Inuit, peuple premier, qui ignore la maladie lui aussi, mais dans quelles conditions ! Ils sont environ 150 000 à vivre près du pôle nord, au Groenland sous souveraineté Danoise, au Canada, en Alaska et en Sibérie d’où ils son r originaires.

A Umanaq, ce qui signifie le cœur (car la montagne qui surplombe la ville y a la forme anatomique du cœur) sur la côte nord ouest du Grœnland, face au Canada.

A Umanaq donc, le jour dure deux mois et demi l’été, et à l’inverse la nuit a la même durée, quand le soleil regarde le pôle sud.

L’Arctique, (qui signifie en grec le pays des ours) est au delà du 66e parallèle. On est dans la zone polaire. Regard de l’ethnologue et du médecin ! A mon retour de ce voyage fabuleux, je suis dans la lecture du 7e livre des récits Arctiques de plusieurs sagas mêlant les européens et les Inuits ainsi que de leurs voisins des forêts : les Indiens

Inuit, les Eskimo de mon enfance : cette appellation est devenue politiquement incorrect car c’est comme cela que les Indiens plus au sud  nommaient ce peuple; Eskimo signifie « mangeur de viande crue »

Inuit, eux mêmes se nomment les « vrais hommes ».  Une de leur saga, décrite par l’écrivain Danois JORN RIEL, se déroule  à l’époque des premières rencontres avec les européens venus s’installer sur les terres au sud de la plus grande île de la planète (quatre fois la surface de la France). Au sud de Kalalit Nunaat, c’est le nom du Grœnland dans la langue des Inuit, entre  la calotte glacière et la mer, les européens, des viking, seront éleveurs et agriculteurs.

Dans cette saga, le peuple Inuit est nomade : à l’âge de pierre, ils connaissent l’arc, mais pas le fer sauf des éclats ferreux de météorite ; leurs outils : le harpon, le couteau de silex ou d’os et les aiguilles d’os, si importantes pour la couture que pratiquent les femmes.

 L’homme valable et recherché, pour fonder un couple, est chasseur ; la femme est couturière. Ils sont nomades donc, avec des poses  dans des habitats (quand la chasse et le pays leur plaît), mais leur goût du voyage les poussent à partir, même quand ils sont dans des pays favorables car ils ont en eux l’attrait des nouveaux pays. Chasseurs d’animaux terrestres, ils ont probablement poursuivi le bœuf musqué depuis la Sibérie jusqu’au nord du Groenland et aussi des mammifères marins comme les baleines. La pêche est réduite, mis à part quelques truites et saumons dans les rivières, et des moules.

 Donc ils mangent la viande crue et chaude quant la bête vient d’être sacrifiée le reste sera congelé naturellement (vu le climat), puis bouilli. Les peaux sont très précieuses, rien n’est perdu : lièvres blancs pour les sous vêtements, perdrix aussi ;  phoques, narval, caribous servent à faire des tentes, à se vêtir, à se chausser, à faire des couvertures car ils dorment nus entre deux peaux, à même la glace. Les peaux servent aussi à faire des kayaks et des bateaux plus grands pour naviguer l’été. Cela permet le transport de la famille, des chiens, des réserves d’aliments et de graisses pour produire la lumière, cuire les aliments et se chauffer. Les hommes sur leurs kayaks ouvrent la voie et chassent. Ces bateaux sont mus par des rameuses, et il est important d’en avoir de solides pour les grandes voies migrations.

Les Igloos, terme qui veut dire maison dans leur langue, sont en pierre et en tourbe au Grœnland, avec une entrée étroite, après un long tunnel pour protéger du froid, mais aussi d’un intrus indésirable, l’ours, pour qui les humains sont de la viande sur deux pattes. Immenses les ours blancs ; c’est le plus grand carnivore terrestre, il est tout blanc, sauf la truffe toute noire et la plante du plantigrade. (Il est très voisin de son parent l’ours brun).

 La fourrure est utilisée  pour faire les culottes des chasseurs. Tuer un ours est l’acte suprême qui donne au chasseur estime et admiration, car les femmes apprécient le «  Pourvoyeur », son compagnon qui leur assure la nourriture. S’il est excellent, il aura peut-être deux ou trois femmes, car on ne laisse pas une veuve seule.

 Les femmes sont soumises, et doivent accepter l’« échange » si tel est le désir du pourvoyeur ; quand ils croisent un autre groupe de nomades. Vous avez bien compris, ils sont adeptes de l’échangisme. Ainsi  vivent deux ou trois familles, car il faut trois ou quatre rameuses pour un bateau en été.

L’hiver, les déplacements se font sur la glace avec les chiens de traîneau qui courent sur la banquise, et qui eux aussi sont nourris de la viande de phoque qu’ils avalent parfois congelée.

 Les chiens sont en rapport de force avec l’homme.  Attention, si l’homme  est faible il se fera dévorer par les bêtes.

Au fur et à mesure que j’avance dans la lecture de ces migrations, qui se sont faites depuis cinq mille ans ou plus, la maladie n’est jamais nommée.

Parfois «  l’esprit d’un enfant quitte son corps » ; il y a aussi des accidents très nombreux. Attention aux ours et aux trous dans la banquise, c’est pour cela que les attelages de chien se font en éventail ou en faisceau de dix à vingt bêtes, car l’attelage en ligne serait fatal, si le premier chien tombait dans un trou !

  Une question me poursuivait pendant mon séjour polaire estival où le soleil ne se couchait pas : mais comment se passe la nuit polaire ? J’ai eu la réponse avec un  grand viking qui a élu domicile depuis onze ans à Umanaq, et il  me répond tout jovial : «  il y a les étoiles et aussi la lune qui éclaire la glace et la neige ». Depuis lors je regarde la nuit autrement, surtout la pleine lune qui voisine avec Jupiter en cette nuit dégagée de Novembre où j’écris ce texte ; je suis bien couvert, face au vent sur les hautes falaises de mon pays de Caux natal où je fais maintenant une promenade quotidienne dans la nature la nuit, avec des bottes et une parka en pensant aux amis que j’ai laissés la bas. Il y a du plaisir à aller rencontrer les éléments, le vent, le froid, la pluie, la nuit et à revenir au chaud pour écrire ces lignes.

Les nuits dans les Igloo (Maison) sont agrémentées par les conteurs qui y sont particulièrement appréciés, surtout les conteuses, même si celles-ci  doivent se faire supplier, car la place des femmes est d’être effacée. Nul n’est vantard chez les Inuit, au contraire la modestie y est poussée à l’extrême ; celui qui invite à manger parle de son modeste repas (même si la viande est très abondante) et la conteuse dira de même que son histoire n’est pas très intéressante. Ils racontent les voyages, les chasses, les ancêtres, aussi loin qu’ils peuvent se souvenir de leur nom, tels qu’on les leur a racontés dans les veillées. Et surtout ils rient beaucoup ; d’ailleurs quand un homme et une femme s’apprêtent à avoir une relation on dit qu’ils vont « rire ensemble », et tout le monde est content dans l’Igloo d’à coté, sauf si la femme a été « volée » à l’un d’eux, et là, c’est une autre affaire ; la « petite affaire » peut prendre des tournures dramatiques et aller jusqu’au meurtre. Celui qui a tué sera respecté ; peut-être admiré.  C’est un peuple de chasseurs : on tue pour vivre. Par contre on remercie l’animal d’avoir donné sa chair. Cela fait penser aux dessins d’animaux chassés représentés dans les grottes ornées genre Lascaux ou Chauvet, dont la signification n’est pas totalement élucidée. Il n’y a de place pour aucune forme de faiblesse.  Tout comme l’animal chasseur prédateur va saisir l’animal du troupeau qui traîne ; c’est celui-la qui va être sacrifié et éliminé.

Il y a aussi des famines si le chasseur n’est pas adroit, ou si il ne sait pas rencontrer les animaux. Dans les famines extrêmes, les enfants en bas âges vont être sacrifiés, pour que les aînés puissent survivre.

Quand les personnes âgées (la soixantaine) se sentent inutiles et à charge, bouches en trop à nourrir, la personne qui décide d’arrêter de vivre va aller sur la glace et retirer la paille dans ses chaussures. Elle se dévêt et le froid va faire son œuvre. Parfois c’est le fils qui conduit sa mère en la portant sur la glace, dans d’autres cas il la jette du haut d’une falaise. La vie des peuples nomades ne laisse aucune place pour les faibles, et ils le savent. La formule est consacrée, et dite à la troisième personne par celui ou celle qui va mourir : « on a décidé d’arrêter de vivre ». Déjà chez les Bushman, très bien illustrés par l’excellent film « Les dieux sont tombé sur la tête », ces peuples nomades, aussi chasseurs cueilleurs du désert du Kalahari, vont abandonner un couple âgé à l’abri d’une grotte, avec une semaine de vivre et d’eau car la famille doit continuer à migrer pour vivre. On peut imaginer la vie en Europe il y a environ 40.000 ans où la population avait la densité des inuit d’aujourd’hui ; environ 40.000 âmes.

Les Inuits encore : Les femmes font la couture avec des aiguilles en os, avec des fils faits de tendons d’animaux ; elles vont coudre jusqu’à l’âge de la presbytie (dès la quarantaine).

Deux, trois ou quatre familles se rencontrent ou se séparent. Il n’y a pas de chef comme chez leurs voisins des forêts, les indiens, car les groupes sont trop petits. Un homme qui veut partir dans une direction demande qui veut le suivre, car il faut trois ou quatre rameuses l’été pour naviguer dans les grand bateaux de peau le long des côtes.

Les rencontres d’un autre groupe sont l’objet d’inquiétude et/ou de joie. Sont-ils armés quand ils approchent ? Ou bien arrivent-ils pour partager ? Dans ce dernier cas cela se passe dans la fête, autour de l’abondance de la nourriture quand il y en a ; viandes cuites ou viandes congelées. Après les repas les hommes ont des désirs pour les femmes nouvellement arrivées ; les hommes en parlent entre eux. Le plus souvent ils sont prêts pour des échanges si les hommes sont d’accord comme je l’ai déjà écrits. Les femmes, le plus souvent n’ont pas leur mot à dire, se soumettent et vont « rire ensemble » avec l’homme qui les a choisies. Par contre les groupes très petits et trop longtemps isolés vont être confrontés à l’inceste et à la consanguinité (ce qui est très rare). Les baleiniers arrivés il y a quelques siècles ont été invités, et du sang neuf a circulé.

Il y a eu aussi des pillages, razzias venues des indiens, peuples des forêts plus au sud pour la nourriture, et aussi pour les femmes qui sont emmenées en esclavage. Le plus souvent elles vont s’assimiler ; de même des Inuit vont garder des femmes d’indiens venus les piller quand ces derniers ont été vaincus. Voilà peut-être encore des images de ce qui a pu se passer en Europe il y a quelques dizaines de milliers d’année ; du cannibalisme et aussi des actes magiques quand il s’est agi de manger le foie de son ennemi

Mes sources après ce voyage sont issue de l’auteur Danois JORN RIEL parti dans la partie la plus isolée du nord-est de la plus grande île du monde et aussi la plus proche du pôle où il est allé vivre à 19 ans, pour une vingtaine d’années dans les années trente. Il y a aussi le français Jean Malaurie, qui est parti en 1950 dans l’extrême nord ouest à Thulé, qui est l’habitat naturel et ancestral le plus proche des pôles. Il y a vécu comme les Inuit dans une communauté de quelques centaines d’êtres humains qui avaient perdu tout contact avec les autres de leur ethnie et qui se croyaient les seuls habitants de la terre quand ils ont été découvert en 1818 par des Européens.

Il y a une mythologie comme chez tous les peuples. Ils parlent d’un temps où les animaux parlaient.

La mort est vécue avec sérénité Il y a une « bonne place » dans le monde des esprits pour les bons chasseurs et aussi pour les femmes qui ont fait de beaux tatouages sur leur peau ; tatouages faits avec de la suie introduite dans les couches de la peau. Les autres iront au pays des « têtes tristes ». On ne prononcera pas les noms des morts (pour ne pas attirer les âmes errantes).

Il y a aussi les shamans qui  ont la possibilité de quitter leur corps et de trouver les troupeaux à chasser, de voir les pays alentour, de rencontrer des « conseillers » qui vont les guider dans leur migration. Le shaman entre en transe après avoir pratiqué des chants, et s’être « enivré » et étourdi avec les battements des tambours. Cette ivresse, malheureusement, a été introduite artificiellement, avec les boissons alcoolisées apportées par certains européens pour abuser de ces peuples. L’alcool, ils n’y étaient pas préparés, beaucoup y ont sombré et ces ethnies millénaires, ces mémoires humaines ont parfois été détruites.

 Imaginez des humains du troisième millénaire arrivant chez les « artistes ou shaman » qui dessinaient à Lascaux, à Cosquer ou à Chauvet !

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21e  siècle : ils vivent aujourd’hui dans des maisons hyper chauffées, fast food  (aliments gras, salés, sucrés, conserves), fusils, motoneige, portable, cigarette café……désoeuvrement et alcool déjà nommé.

Les enfants n’ont plus l’admiration pour leur ancêtre, surtout s’ils sont désoeuvrés et alcooliques ; la délinquance est à l’affût…Le Danemark est riche en finance et maintient ce pays sous perfusion ; gardons le moral parce que le pire n’est jamais certain !

J’ai rencontré un éducateur magnifique dans un foyer pour enfants maltraités : fort physiquement, émotionnellement et fin psychologue : il avait tous les atouts. Trente adultes s’y occupent de 25 enfants.

Ils sont aussi initiés à la chasse, pour revaloriser les valeurs de leurs ancêtres.

 Les enfants pratiquent la méditation avec l’éducateur (un être jovial), et il le faut.

Et surtout, surtout  SURTOUT, dans ce foyer que j’ai visité :

Ils ne sont pas drogués ou gavés de médoc, de médicaments chimiques : ils ne reçoivent aucuns médicaments chimiques brevetés m’a dit le psychologue (genre antidépresseurs, anxiolytique ou somnifère) ! Mais pratiquent la méditation avec l’éducateur

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En été il y a des baies, myrtilles, coumarines, corneilles, champignons ; voilà pour les végétaux ; ils mangent aussi des salades de mer qu’ils trouvent  dans l’intestin des phoques qu’ils viennent de chasser.

Ils mangent beaucoup : de la viande crue ou cuite et de la graisse, qui est  très utile pour vivre par des froids extrêmes, et de ce fait leur faciès est arrondi. J’en ai rencontré un  qui est le sosie du Dalaï Lama ; c’est normal, ce sont des mongols, et les tibétains sont des tibéto mongol qui ont assimilés trois cultures : le bouddhisme, le taoïsme et le shamanisme : la spiritualité première.

Les inuit sont devenu Luthérien au Grœnland ; le mobilier des églises y est bleu ciel et Jésus sur les images pieuses y parle naturellement la langue des inuit.

 Il y a aussi les évangélistes qui arrivent sur leur bateau pour y faire des conversions.

J’y ai rencontré une femme universitaire très croyante et pratiquante. Elle était fière que ses trois enfants soient dans des universités au Danemark, mélangés avec les européens, et non pas dans les universités, d’un plus faible niveau, pour les Inuit au Danemark.

 La lecture « des derniers rois de Thulé » de Jean Malaurie est une sommité que je déguste lentement, et qui recoupe l’écrivain Danois J. Riel

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3 Responses to ETHNO-MEDECINE

  1. Sheliel says:

    Merci Docteur pour ces aventures et ces expériences d’autres cieux, qui apparaissent déjà comme des légendes au vu de notre « modernité ». Je vous ai aussi suivi sur Radio courtoisie et j’ai été séduit, moi-même étant étudiant en médecine et encore à la recherche de ma voie. Vous êtes béni.

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